workshop novembre 21

GRADUS AD INFERMUM #1

À LA BASE DU WORKSHOP

Nous avons réalisé un exercice  de dessin, de peinture et de collage inspiré des règles que je suis actuellement pour réaliser une série de dessins destinée à un livre de chansons.

Ces règles ont été élaborées en fonction d’un corps dont les facultés motrices et visuelles ne sont pas pleinement efficientes. Ces règles me permettent en outres de mettre en exergue les effets que les chansons et les récits qu’elles convoquent peuvent avoir sur moi. Enfin, elles me donnent les moyens de manifester le lien puissant que j’entretiens avec un grand nombre de productions orales, au style et à la provenance disparates.

Les consignes de travail étaient relativement simples et rigides, voire élémentaires. [1]

DÉROULEMENT DU WORKSHOP

La phase liminaire du workhshop s’est échafaudée à partir de mes réflexions autour du Récit de soi de  J. Butler[2]. Afin de me mettre à la rencontre et en état de disposition auprès des étudiants, et eux après de moi, une playlist de cinq chansons a été validée par tous à l’issu de la première journée, dans une  inattention participative , ni trop ni trop peu engagés émotionnellement dans le choix de la chanson. Linattention participative, concept-clé du théoricien de la performance R.Schechner pour définir une performance collective permet de fédérer un collectif dans un projet lié à la création sans violence[3]. Cette playlist a été écoutée en boucle durant la réalisation des dessins, offrant ou imposant aux étudiants des repères répétitifs, mi-choisis, mi-imposés, différents des bornes habituelles qu’ils utilisaient pour rythmer la réalisation de leurs travaux.

J’ai exposé les consignes, et elles ont été appliquées par les étudiants durant un jour et demi.  Ont été produits quatorze dessins par étudiant. Cet exercice détournait l’étudiant de  toute idée de réussite, de jugement ou de normativité bien qu’il soit très cadré et déterminé.  

Une fois les dessins réalisés, et sans me référer à leur réalisation, j’ai  aborder la question du récit de soi et de la confiance que chaque étudiant a en lui-même. En quoi valorise-t-elle ou au contraire porte-t-elle préjudice aux travaux des étudiants et à leur monstration ? Comment élaborer un discours critique détaché du faire, de ses émotions et de sa trame noueuse, tout en en rendant compte ?

L’avant dernière étape du workshop consistait à s’enregistrer parler d’un autre qu’on aimait et qui était présent dans la plupart de nos actes de création, par des références visuels, ou par les souvenirs d’expériences et de récits communs. Parler de l’autre et s’enregistrer parler de l’autre est peut-être un moyen sécurisant et juste, pour des étudiants divers, de parler de soi, et de son rapport à l’acte de créer, envisager en majorité comme un acte de plaisir destiné à l’en dehors de soi.

Enfin, nous avons créer à partir de nos témoignages et de la playlist de chansons écoutées durant la semaine, une bande-son accompagnatrice de l’accrochage de nos dessins en galerie une et deux de l’ENSA au dernier jour du workshop.

OBJECTIFS DU WORKSHOP

            J’espère qu’émerge de la suite de dessins accrochés en une seule ligne horizontale des traits de forces  dans chacune des séries des étudiants. Une attention visuelle et auditive portée les uns aux autres sera sollicitée dans cet accrochage sur une seul front  et dans le montage sonore de voix  nues. L’accrochage collectif en école d’art m’a toujours parue être un exercice inconfortable dans la mesure où ils enjoignaient la comparaison, et, si ce n’est la compétitivité, du moins la performance ( au sens sportif du terme). C’est pour déjouer ces mécanismes que je propose un accrochage accompagné de nos voix et de chansons mainstream et/ou familières.

On a tôt fait de caractériser les vertus des chansons populaires par leurs qualités euphorisantes ou consolatrices. Mais au-delà d’une inclinaison à sublimer nos affects, les chansons populaires dont on comprend plus ou moins le sens ne pourraient-elles pas  être une pièce essentielle du puzzle  toujours déjà infini qu’est une création, entendue comme confrontation à un désir d’expression qui échappe au langage ?

De surcroît une clé d’entrée à ce workshop pourrait-être les vertus pédagogiques d’une vulnérabilité du corps de l’enseignant. En effet, si l’enseignant met à jour sa vulnérabilité comme un territoire à découvert et d’échange, l’étudiant peut déployer une corde à son arc qu’il n’aura acquis ni par un privilège de classe, ni par une origine géographique. L’enseignant-artiste peut être sensible aux signes, à l’écoutes de l’étudiant, dans la mesure où les manifestations de l’étudiant pourront témoigner d’une éthique construite ou en devenir, qui peut être, pour un enseignant-artiste, une qualité nécessaire.

Techniques/étapesDe l’enfance(livres illustrées)De la peinture d’histoire (de Greco à Klee)Récit de soi et chansonFigurine de speaker
Crayons à papier    
Broux de  noix    
Crayons de couleur    
Acrylique blanche    
Découpage et feutrine    X
     
     

[1] Cf. tableau

[2] Butler J., Le Récit de Soi, PUF, 2007, Paris

[3] Schechner R., La performance, éditions théâtrales, 2008, Paris

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